Beretta à La Cour d’Injustice

Written by on 5 mars 2014

Ça va où ? Voilà la question que se pose Beretta, jeune rappeur et père de famille ardéchois qui vient de se prendre trois mois de prison fermes, l’interdiction d’exercer son activité pendant 2 ans et 5 ans de suspension de ses droits civiques, pour un rap mis en ligne sur Youtube. Motif : Outrage. Qu’advient-il des droits et libertés d’expression ? A quoi sommes-nous en train d’assister ?  

Bonjour Beretta, raconte nous ton histoire…

Salut. Déjà merci de m’accorder du temps pour expliquer ma situation. 

Tout d’abord, j’ai voulu tout simplement produire une événement hip hop et culturel sur ma ville, Aubenas, en partenariat avec son service culturel. J’ai donc écrit à M. Le maire pour faire ma demande. Il m’a répondu favorablement et m’a envoyé poser la date avec le service culturel. Ils m’ont gentiment proposé le choix entre deux dates. J’ai fais mon choix et proposé ma programmation de la soirée qui était Mokless et Kacem Wapalek en première partie. Le service culturel a validé mon projet et j’ai pu organiser mon événement et à ce moment, les premiers litiges ont commencé. Limites d’entrées, places assises uniquement… Mais rien ne m’a freiné.

Résultat: ils ont tout annulé quelques temps avant l’événement (sachant que je payais même la salle, il n’avait pas un rond à investir). N’ayant pas d’explication, j’ai mis mon appareil photo autour du cou, et j’ai filmé un peu comme en caméra cachée la discussion. On m’a gentiment remballé en précisant qu’ici on ne voulait pas de concert « comme ça », qu’on était plus théâtre (d’où le sample au début du clip). J’ai de suite diffusé la vidéo. Il y a eu énormément de répercussion sur la ville et j’ai su officieusement que j’étais sur une sorte de « liste noire des associations » de la ville d’Aubenas. J’ai réalisé une deuxième vidéo en demandant un extrait de cette liste. Car étant en panne de papier WC, j’aurais trouvé une utilité à leur papier… Du coup, n’attendant plus rien d’eux, j’organise un festival « sauvage » comme une « teuf rap » que j’appelle LA NUIT DU HIP HOP. Le festival se déroule à merveille et on a rassemblé tout de même plus de 400 personnes sans aucun litiges.

Vidéo de Beretta expliquant sa situation

le Maire décide donc d’ouvrir un peu la discussion. Je lui propose d’ouvrir ma propre salle de concert/studio à mes frais, sans subvention ou quoi que se soit juste en échange de la paix. Il valide mais les choses vont très vite se corser. La police ne cesse de venir pour de multiples raisons plus ou moins logiques (tapage nocturne pour la fête de la musique, entrer en force et sans mandat dans les locaux, descente canine -qui n’as servis à rien). J’écris au procureur de mon département, mais pas une seule réponse.

berettaN’ayant aucune réponse, j’ai écrit « viens voir » comme un coup de gueule. À l’époque, je me suis mis à dénoncer systématiquement le pays, même à mon échelle, dans ma petite ville d’Ardèche, car on en a à dire. Le lendemain du post de la vidéo sur Youtube, j’ai été placé en garde à vue pour le morceau. Mon casier est quasi vide (un graff étant gamin et une fois je n’avais pas les papiers de mon chien… bref).

J’ai été jugé à Privas, fait appel et voilà : la suite est là. 3 mois de prison ferme, privation des droits civiques, civils et de famille pendant 5 ans, l’interdiction d’exercer l’activité ayant permis la commission de l’infraction et la confiscation des scellés (ils ont deux ordinateurs de l’association). Comme c’était déjà un appel, j’ai demandé un recours pour aller en cassation, mais reste à ce que la cour accepte de revoir le jugement. Je me suis dis qu’il ne me restait plus qu’à médiatiser le truc.

Quels ont été les arguments des autorités ? Les arguments sont assez troublants. En première instance, j’étais jugé pour « diffusion d’un clip sonore outrageant sur Youtube, et là en sortant du tribunal le papier dis «outrage à une personne dépositaire de l’autorité publique» alors va comprendre… Quand à qui m’accuse ? Des fois le commissaire, des fois le commissariat d’Aubenas tout entier… des fois «une personne»… je ne sais pas vraiment.

beretta 3Lors de la production de ce morceau, est-ce que tu avais la moindre idée que cette situation allait se produire ? Non jamais! Je suis d’ailleurs aller à l’appel sans avocat. J’ai pas de budget et j’ai des enfants. Mais je ne pensais pas en arriver là. Non. Jamais. C’est qu’une chanson et il y a plus cru que moi et des gens qui sont beaucoup plus écoutés. Je suis un petit MC du fond de l’Ardèche à la base… Rien de plus!

Que veux dire « plus de droits civique pendant 5 ans » ? Je ne peux pas voter, ni passer le permis – que je n’ai pas d’ailleurs. Je suis déchu de mes droits de citoyen. Je suis enfermé dehors on peut dire.

Qu’adviendra-t-il de ton asso ? Est-ce qu’elle pourra continuer d’exister ? Elle continue et continuera. Elle n’a jamais cessé d’exister, et je suis peut-être un petit MC de l’Ardèche, mais j’ai l’âme du guerrier comme on dit. Je me battrai ne serait-ce que pour la liberté.

Quel est le message à tous ceux qui font du rap militant comme toi et qui écoute du rap en général ? Déjà, méfiez-vous ! Parce que si moi je me suis mangé 3 mois, certains vont prendre perpette…. Non mais plus sérieusement, de ne pas plier, de rester sur leur truc, de continuer à faire passer le message. Après, là je pense que c’est un problème outre que le rap, ça veut dire demain une journaliste, un écrivain, un peintre..? On va où ?

À moins d’une acceptation en cassation, Beretta débutera sa sentence le 20 mars 2014. Une pétition circule en ligne en ce moment dans le but d’annuler la sentence d’emprisonnement https://secure.avaaz.org/fr/petition/….

Bon courage Beretta !


Reader's opinions
  1. yo!   On   6 mars 2014 at 17 h 09 min

    Hummm…ça me laisse dubitatif tout ça… Aucun texte ne prévoit de déchéance des droits civiques pour un outrage, la diffusion d’une vidéo ne peut être qualifiée d' »outrage » qui correspond à des écrits, images vidéos NON RENDUS PUBLICS, le pourvoi en cassation n’est pas soumis à une autorisation préalable de la cour…. Soit il ne dit pas tout, soit il gagnera à coup sûr. (il devrait quand même prendre un avocat, ça aide de connaitre le droit dans un procès….)

    • H   On   10 mars 2014 at 23 h 01 min

      « coupable d’outrage à une personne dépositaire de l’autorité publique, 5 Juillet 2012, à Aubenas ». pour un clip dont la vidéo youtube est « Publiée le 11 juil. 2012 ». c’est surement pas pour le clip qu’il est condamné pour outrage…

  2. massa na   On   6 mars 2014 at 19 h 12 min

    tu as bien raison mon poto !!! mais ou vas t on ?? moi j dit serieux c est plus qu abuser ! si toi tu as pris 3 mois et tout bin ques que j vais prendre moi si ils se penche sur mon murs facebook !!! mdr !!! on est meme plus libre de s exprimer !!! nos droits ils nous les enlevent sans que l on ai notre mots a dire ! tout comme toi ,nous autre auteur nous continueront a dire ce que l on pensse haut et fort car c est le seul droit que l on ai .

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