Comment le rap a choppé Marianne?

Written by on 29 octobre 2015

Le rap connait avec la France une histoire difficile. Deuxième foyer mondial dans la cartographie du Hip Hop. La France a eu du mal à accepter ce mouvement, mais l’histoire d’amour semble inéluctable entre les paroliers du XXIe siècle et le pays des droits de l’homme.

Partie 1 : La Rencontre

Cette histoire est celle d’un amour inavoué. Elle a lieu dans un pays qui, bien que partagé, reste une terre de liberté, de progrès et de contre-pied à la barbarie. Elle s’appelle Marianne, c’est évidemment la plus belle de ses copines. Elle ne veut pas admettre qu’elle s’ennuie dans son beau château. Apprêtée pour sortir avec ses amies, c’est près du métro de Châtelet qu’elle rencontre ce jeune Zulu. Du rap plein les enceintes avec ses sappes trop grandes et son déambulé exagéré. Marianne prend tout de suite ce jeune charmeur pour un de ces barbares. Cependant, il arrive à lui glisser les bons mots et il a ce fond d’exotisme qui manque à sa vie.

C’est Fred Musa, animateur de l’émission Planète Rap depuis 20 ans sur Skyrock, qui raconte les premiers rendez-vous : “Quand j’ai débarqué sur cette antenne en 1990, quelques radios comme Radio Nova en jouaient. A la télé, il y avait certaines émissions spéciales. C’est d’ailleurs curieux que TF1 dans les années 80 avec Sidney, et M6 dans les années 90, s’intéressent à ce mouvement.”

Curieux en effet, les parents de la douce Marianne lui demandent ce qu’elle fait avec ce voyou. Chacune de ses visites est marquée par pitreries et manque total de décence. “Ces chaines sont aujourd’hui devenus allergiques à cette musique, en allant jusqu’à la caricaturer. Ça passait tard le soir, mais ça existait. Pour la radio, en terme de média de masse, il n’y en avait aucun qui diffusait cette musique au niveau national” ajoute Fred Musa.

The show must go on

De l’autre côté de l’Atlantique, c’est l’amour fou entre ce vieux texans pété de fric à ne plus savoir quoi en faire et cette jeune aguicheuse afro-américaine. Elle aime faire la fête, danser. Sylvain Gire, directeur des publications d’Arte Radio et présentateur des émissions «Le Mike et l’Enclume», nous décrit ses formes : “En France, on a cru, et c’est une erreur énorme, que c’était quelque chose de forcément politique. On avait tort. Le rap appartient à un système commercial. La musique noire américaine, c’est de la pop faite pour se vendre et pour qu’elle fasse danser les gens. Les blancs font de la musique pour autre chose selon Simon Reynolds. C’est inconcevable pour la musique noire. Le principe de la musique noire, c’est une condition de survie, il faut que ça vende et que ça fasse danser les gens”.

Elle lui rappelle son ex, une jeune rockeuse morte d’overdose. D’ailleurs, elle a les mêmes vices, les mêmes agents véreux. Elle traîne avec d’autres stars, toujours dans l’excès. On raconte sur elle les mêmes légendes urbaines.

Pages : 1 2 3 4


Reader's opinions

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *