Taïro pour un élan de changement

Written by on 17 mars 2017

Sur le point de repartir pour une grande tournée avec Le Family Band, Taïro prend quand même le temps de nous parler de son dernier projet « Reggae Français ». Album riche et plein de sens, Taïro est clairement en mission : celui de redorer le blason du reggae et d’insuffler un vent de changement et de réflexion.

Comment ça va ? Quels sont les premiers retours sur l’album ?
Ça va bien. Merci ! (Sourires). Les retours sur l’album sont positifs. Honnêtement, je ne savais pas trop à quoi m’attendre. Je savais qu’en faisant un album reggae très typé comme celui-là, il pourrait tout à fait plaire à un large public, ou au contraire, passer inaperçu. Jusqu’ici les retours sont bons en tout cas. Le reggae est une musique qui est écoutée depuis longtemps par beaucoup de gens, dans le monde entier, et je pense qu’il y a encore de la place pour de nouveaux auditeurs. Pour moi, ce projet reflète cette réalité et cette aspiration.

Quel est le changement que tu prônes ?
Ce n’est pas que je prône un élan de changement, mais j’interroge plutôt les gens sur leur vision et leur satisfaction à propos du monde actuel. Personnellement, ce que je vois ne me satisfait pas. Il y a beaucoup trop de choses dans l’actualité qui me déplaisent et qui poussent mon inspiration à écrire sur certains sujets. Par exemple, avec le titre « Changer », je n’ai pas envie de me placer comme un moraliste, un curé ou quelqu’un qui viendrait dire ce qui est bien ou ce qui est mal, mais ça m’intéressait, dans mon rôle de chanteur, de me faire le relais d’actions d’associations telles que GreenPeace, Médecins Sans Frontière, l’Auberge des Migrants et Amnesty International. Surtout pour mettre en valeur leur travail. Ce sont des gens qui sont au quotidien bien plus que dans l’idée du changement ; ils sont dans l’action du changement. Je pense qu’il faut les féliciter, et leur rendre hommage.  C’est vrai qu’au lieu de dépeindre le monde et la situation dans laquelle on est, je me suis dit « est-ce que je n’essayerais pas plutôt d’interroger les gens sur leurs responsabilités individuelles ? » Et bien entendu, de m’interroger moi aussi.

« Si l’on compare le reggae français et le rap français, il y a un fossé énorme (…). On peut donc s’interroger sur le parcours effectué par le reggae… Est-ce qu’on n’a pas raté un virage ? Manqué d’ambition ? »

Que penses-tu de nos représentants politiques ?
Déçu et alarmé. Je te donne juste un exemple : pour le clip Changer, on a été à l’Auberge des Migrants à Calais, qui est une association qui, comme son nom l’indique, s’occupe des migrants de la jungle de Calais. J’ai appris que la loi interdisait aux migrants de se rendre sur ce site. C’est-à-dire que la loi interdit aux migrants d’aller dans un endroit où on peut les aider. Il faut que ce soit les bénévoles et les militants de l’association qui aillent sur la jungle de Calais. En gros, l’administration et les autorités menacent de fermer le lieu si un migrant y met les pieds. C’est choquant !  Je ne comprends pas le discours politique qui dit que nous ne sommes pas voués à accueillir toute la misère du monde alors qu’on est un pays riche. On est les représentants, soi-disant, des Droits de l’Homme. Pourtant, plusieurs de nos élites nous expliquent qu’il faudrait fermer les frontières et durcir les contrôles. Je trouve ça aberrant qu’on ait si peu d’empathie.

Autre exemple, depuis que je suis petit, j’entends que c’est la crise alors que chaque année, on recense de plus en plus de millionnaires. Le problème n’est pas la crise, mais la répartition des richesses.

Taïro veut dire l’apprenti…mais au vu de ton parcours, je me demandais : qu’est-ce que tu as encore à apprendre ?
Beaucoup de choses ! (rires). Plus on apprend, plus on se rend compte qu’on ne sait pas grand-chose !  En ce qui concerne la musique, lors des premières années où j’ai commencé, je croyais en savoir beaucoup. Avec le temps, je me suis rendu compte du peu que je savais réellement. Aujourd’hui, je ne suis plus un débutant, mais voilà, je reste un apprenti. Je continue d’apprendre, d’explorer de nouvelles pistes, à essayer de faire de plus belles chansons et de toujours prendre plaisir à faire de la musique.

Pourquoi le reggae n’arrive pas à se démarquer commercialement ?
On n’a pas beaucoup de visibilité médiatique et peu de nos clips sont diffusés sur les télévisions. Je ne sais pas trop pourquoi. Est-ce que les médias pensent que c’est une musique qui est trop vieille, qu’elle n’est plus dans l’air du temps, et donc n’intéresse plus les gens ? Ce qui serait étonnant, puisse que l’on fait des festivals et on remplit des salles. Peut-être que le discours dérange ? Va savoir.

Tu as appelé l’album Reggae Français, donc est-ce que tu questionnes aussi le reggae français ? Lui manque-t-il quelque chose ?
C’est vrai que si l’on compare le reggae français et le rap français, il y a un fossé énorme, vu que le rap a réussi à devenir une des musiques les plus écoutée et consommée en France ! Pourtant, au départ, lorsque le rap est arrivé en France, le reggae était déjà là et ce sont des musiques cousines. On peut donc s’interroger sur le parcours effectué par le Reggae. Est-ce qu’on n’a pas raté un virage ? Manqué d’ambition ? Je pense que le rap français a su se créer sa propre identité et que les acteurs de ce mouvement ont eu une meilleure vision de leur business.  Du coup, si on n’est pas plus représenté dans les médias, il faut aussi que l’on s’interroge sur la qualité de ce que l’on propose et la manière dont on le fait. Si on veut que le Reggae en France devienne incontournable, peut-être faut-il que nous soyons encore meilleurs.

Tu viens de sortir le clip de JET LAG, un titre de ton album très apprécié par beaucoup de gens, et d’ailleurs joué depuis plusieurs semaines sur Radio RapTz. Tu peux nous parler de ce morceau, de son fond, sa forme ?

JET LAG est un morceau dans lequel j’évoque mon désaccord avec une partie de la société et certaines valeurs de plus en plus à la mode. J’ai l’impression d’être en décalage horaire. De ne pas marcher à l’unisson. Je n’ai pas envie de me fondre dans le moule et je regarde avec un œil assez critique, il faut bien le dire, l’uniformisation des cultures et des mœurs. J’ai le sentiment que tout le monde veut ressembler à tout le monde tout en prétendant être unique. La course au succès et à l’argent m’épuise. Et c’est deux choses qui sont pourtant devenues les valeurs étalonnes de notre société. Je ne trouve pas qu’elles embellissent l’humanité, au contraire, elles nous divisent, nous désunissent. On pense tous qu’elles nous libéreront alors que c’est tout le contraire ; elles nous asservissent. En fait, si on croit que seul l’argent peut nous rendre libre, alors finalement, nous en devenons les esclaves.

Ce morceau c’est pour moi une façon de prendre de la hauteur.

Le simple fait de m’exprimer à ce sujet me permet de prendre du recul et de relativiser ma vision de mon propre « succès ». Je vis de ce que j’aime et c’est bien là l’essentiel. Ma musique a l’ambition de servir les gens, pas de les asservir. Je veux qu’elle soit généreuse, qu’elle fasse du bien. Si elle ne sert que mon propre intérêt alors elle ne sert à rien.

Voilà pour le fond de la chanson et pour le reste de mon « œuvre » en général d’ailleurs. (Sourire)

Comment t’est venue l’idée de cette campagne de teasing plutôt remarquée sur les réseaux sociaux avec www.airtairo.com ?
L’idée de la communication était de rebondir sur le titre du morceau « JET LAG« .

La paternité de toute cette mise en scène autour du clip revient à 3 personnes : Jo Benza, mon manager, Arsedi, le réalisateur du clip et Omax6mum, notre équipe chargée de la communication. Bon allez 4 personnes avec moi ! (Clin d’œil). Ce titre est un des plus apprécié de l’album, alors pour la sortie du clip je voulais une promotion particulière. Une concept autour du voyage se prêtait bien au thème du Jet Lag. On avait envie d’apporter une nouvelle forme de communication sur un titre/clip dans le registre Reggae. C’est comme ça que nous est venue l’idée AirTairo.com. Inviter mon public à voyager avec moi, comme ils aiment le faire à travers ma musique, et ça collait super bien avec la suite du Reggae Français Tour, qui est à lui tout seul un voyage et pas des moindres. Du coup, j’ai aussi profité de mes concerts à Tahiti pour rendre cette promo encore plus réelle ! Tu peux me croire, à mon retour en France, j’étais en Jet Lag, pour de bon ! (Rires). Voilà, c’était une manière pour moi de faire une campagne cool et originale, à prendre au second degré et j’ai vraiment pris plaisir à ce qu’on ne se prennent pas au sérieux tout en faisant quelque chose de qualitatif. Ça a aussi été l’occasion de remercier les personnes qui n’ont pas hésité à me suivre sur le principe de ce site un peu spécial, en lançant un concours pour gagner des places pour mes futurs concerts et en leur livrant le clip en avance.

Il se passe quoi en 2017 pour toi ?

Le Reggae Français Tour ! Avec le Family Band on sera en concert dans toute la France. On sera aussi de passage à Madagascar, et puis le point d’orgue, la date à ne manquer sous aucun prétexte, ça sera le 30 mars à l’Olympia ! Et comme à chaque tournée, vous me retrouverez à l’affiche de pas mal de festivals cet été notamment.

Un mot pour conclure ?
Merci à RapTz, Merci à tous ceux qui me soutiennent depuis toujours et ceux qui rejoignent l’aventure. Merci à tous ceux qui font vivre le Reggae Français. Je vous donne RDV à l’Olympia le 30 Mars prochain !

Le 30/03 à L’OLYMPIA : http://bit.ly/TairoOlympia17

En tournée dans toute la France : http://bit.ly/ReggaeFrancaisTour

Album Reggae Français disponible : http://po.st/TAIROiTunes

Boutique en ligne : http://tairoshop.com/

Site web : www.airtairo.com

Facebook : https://www.facebook.com/TairoMusique

Instagram : https://www.instagram.com/tairomusic/

Twitter : https://twitter.com/tairoofficiel


Reader's opinions

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *


Continue reading

Radio RapTz

l'Aut'Radio !

Current track
TITLE
ARTIST