Trapologie… 1ère partie

Written by on 9 novembre 2015

Avant tout propos, je m’excuse d’être passé sur l’analogie rap Us / rap Fr dans le début de cette petite introduction sur la naissance de la Trap en France. Alors je le redis tout d’un coup : oui les mouvements dans le rap français sont grossièrement similaires à ceux du rap américain, et même depuis sa création (logique puisqu’il est né là-bas). Même si « ici c’est le Bronx avec dix ans de retard au moins », j’ai préféré tirer mes exemples de notre ter-ter. Je m’intéresse à l’évolution, aux critiques, aux problématiques françaises (qui portent principalement sur la littérarité) comme peut en avoir mon ami puriste. Et si je commets des fautes, des oublis, c’est que je ne suis ni journaliste, ni spécialiste, juste un koh qui a grandi dans les années 90 en banlieue est de Paname qui écoute de la Trap aujourd’hui et qui en parle. Merci.

DU RAP FESTIF ET CONTESTATAIRE AU RAP HARDCORE
Je me suis encore embrouillé avec mon pote puriste à propos du rap contemporain. Et là je ne sais pas j’en ob_807a25_menelikpouvais plus, fallait que j’écrive cet article. Je suis un peu l’actualité rap mais lui a décroché depuis longtemps… Lui c’est le mec à l’ancienne qui tomberait en catalepsie aux deuxième couplet de Niska.

Nous écoutons tous les deux du rap depuis un certain nombre d’années. Ensemble on a kiffé Time Bomb ATK, Passi, Fabe, les Sages Poètes de la Rue, la Mafia Kainfri, les Neg’ Marrons, Secteur Ä, les X-men, le Minister Amer, Assassin etc… Dans le bus pour les voyages scolaires, on écoutait Vanessa pour se chauffer avant tchatcher une nana. C’était la période du rap festif avec « Tout baigne » ou « Simple et funky ».

IamLe temps du rap pédagogue d’Iam toujours soucieux de son prochain et avertissait ce petit frère qui « veut grandir trop vite »…

C’était surtout l’âge d’or du rap contestataire. Par exemple, de Tout Simplement Noir :
« Stop ! Il faut que cela stop ! Dans un pays qui se dit des droits de l’homme comment se fait-il que le délit de sale gueule fonctionne ? » (O.P.I.2 Flics).

Un autre exemple avec Assassin et « L’Etat assassine » :
« Pas un mot sur les crimes quand l’État assassine »
« La justice juge sur des critères bien définis 80% des prisonniers sont ouvriers chômeurs ou sans logis »
« Dites moi simplement dans l’histoire combien d’hommes politiques déjà condamnés ? ».

Je note ces phases tellement elles sonnent improbables en cette fin 2015.

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Cette contestation de l’état trouvera sa plus grande manifestation avec « 11’30 Contre Les Lois Racistes ». Dans ce titre l’ensemble du paysage du rap français se rassemblait pour réclamer la « régularisation immédiate de tout les sans papiers immigrés et de leur(s) famille(s) ; abrogation de toutes les lois racistes régissant le séjour des immigrés en France ; nous revendiquons l’émancipation de tous les exploités de ce pays, qu’ils soient français ou immigrés ».

Cependant la contestation parfois violente est la racine du rap hardcore qui va se développer en marge des sons plus poétiques et/ou à la cool (Nouveau Western, Je Danse Le Mia, La Fièvre). Le pan festif et funk du rap s’estompe et laisse de plus en plus place aux ambiances musicales sombres et introspectives. La contestation contient toujours une forme de violence, la violence est consubstantielle au rap. Mais attention rap contestataire et violent n’est pas (encore) synonyme de facilité et vulgarité : les textes de La Rumeur sont contestataires, plutôt violents, mais toujours très écrits.

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En 1998 on retiendra deux évènements principaux annonçant l’avènement du rap hardcore. D’abord le « Back dans les bacs » de NTM avec le Suprême comme un premier jalon.

NTM

Ensuite la track célèbre et justement nommée « Hardcore » d’Idéal J dans laquelle Kery James égraine une série de dénonciations :

« Hardcore, des mômes qui font l’trottoir en Thaïlande » (international)
« Hardcore sont les récents événements en Algérie » (relations politiques France-Algérie)
« Hardcore, les jeunes sont passionnés de films gore » (sociétal)
« Hardcore, serait le rétablissement d’la peine de mort » (politique/métaphysique)

Et j’en passe… D’ailleurs ce morceau s’il n’avait été ultra-politisé aurait presque pu être de la Trap non ?

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