Woshe et son Blackbook

Written by on 23 juillet 2013

Connu déjà dans le milieu du graffiti en tant que writer, Woshe a déjà pris sa plume pour la première fois en 2005 avec « Blackbook » qui a eu un succès retentissant parmi les novices et les expérimentés du graff. En septembre prochain, il sortira son deuxième bouquin Alphabeatz consacré à la culture graff, ses codes et quelques-uns des artistes qui font aujourd’hui du bien à nos rétines, aux quatre coins du monde ! A la découverte de Woshe et son Blackbook. Woshe et son Blackbook

Bonjour Woshe, d’où vient cette passion du graffiti ? Woshe et son Blackbook
J’ai été happé par la culture hip-hop vers 84-85. Tout arrivait en même temps : les premiers albums de rap US, Public Enemy ou Eric B and Rakim, les films comme Beat Street ou The Breakin’ et le livre Subway Art qui montrait les graffitis sur les trains new-Yorkais. J’avais 13 ans et tout ça m’a séduit. Après m’être essayé au micro sous le nom de Master T, je me suis mis sérieusement au graffiti. Et ça ne m’a plus lâché, même si ma passion a un peu évolué depuis. Woshe et son Blackbook

Tu dénonces au début de Blackbook à une définition du graffiti selon TF1 comme « des mecs qui cherchent à sortir de l’anonymat de leur banlieue défavorisée et qui écrivent leur nom partout en réaction à cette société ? ». « Blackbook » est-il un mode d’emploi du graffiti ? Woshe et son Blackbook
La richesse du graffiti repose en partie sur le fait que chacun se fabrique son propre mode d’emploi. A partir d’une matière commune qui est l’alphabet, chacun propose son interprétation. À force de répétition, d’influences piochées ici et là, et surtout de journées entières à reconstruire les E ou les S, tu finis par te les approprier, les tordre à ta main, à ta personnalité. C’est ça tout l’intérêt. Confronter des imaginaires. Alors qu’un mode d’emploi aurait plutôt tendance à définir des règles, donc à enfermer et formater. Je crois que se serait la mort du graffiti. « Blackbook« , c’est juste ma vision à moi, pas un manuel. « N’imitez rien ni personne », disait Victor Hugo. « Un lion qui copie un autre lion devient un singe ! ». Woshe et son Blackbook

woshesketch Raptz Rapporteuz

« Blackbook » donne des clefs à la fois de lecture pour le simple néophyte et de conception pour l’apprenti graffeur. Pourquoi ce double « message » ?
D’une manière générale, je trouve que les writers ne parlent pas assez de leur travail aux non initiés. Ce côté artisanal, ces petites recettes qu’on a tous mais qui diffèrent de l’un à l’autre. Par exemple, j’explique pourquoi je trace systématiquement mes lettres de la première à la dernière, dans l’ordre, et pas en commençant par celle du milieu ou en traçant la forme globale que devra prendre le lettrage, comme d’autres le font. C’est comme un ébéniste ou un sculpteur. C’est beau de voir leur réalisation, mais rentrer dans leur atelier et les voir à l’œuvre m’intéresse encore plus. Blackbook, c’est un peu ça. T’as le droit de goûter mes plats mais en plus je t’invite dans ma cuisine « . Woshe et son Blackbook

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Tu fais référence tout au long du livre à l’écriture et à la culture pour tous. Blackbook se termine par l’expression « Knowledge is king ». Est-ce un acte politique, militant de ta part ?
Je crois que dans un monde livré aux marchands, où le pognon pervertit tout (même la planète ou parfois les relations humaines), toute forme de culture a un aspect militant. La culture, ça détourne de la consommation. Pendant que t’es au musée ou que tu lis un livre, t’es pas chez Carrefour. Donc c’est pas bon pour vendre des paires de basket ! « Knowledge is king » parce que je préfère ce vieux lyrics de Kool Moe Dee ou « die tryin’ » de 50 cent, qui représente pour moi la négation du hip-hop. Mais prétendre que Blackbook est un livre militant serait assez prétentieux. Woshe et son Blackbook

woshe_in_effect Raptz RapporteuzDe nombreuses œuvres ont été repeintes dans les années 80-90. Actuellement graffer/taguer est considéré comme un acte de délinquance, et pourtant de plus en plus de collectivités territoriales et d’associations font appel à des graffeurs pour « décorer » des murs. Que penses-tu de ce paradoxe ?
C’est vrai que notre patrimoine a été effacé. Il ne reste presque rien des pièces qui ont été réalisées dans la première décennie, entre 84 et 95. Juste des photos. Et je pense qu’il est important qu’elles soient publiées, parce que beaucoup de jeunes ne connaissent pas l’histoire. Comment veux-tu te construire un avenir si tu n’as pas de passé ? La transmission entre générations, c’est ce qui façonne une culture. Pour répondre à la deuxième partie de ta question, je pense que les collectivités territoriales sont obligées de prendre en compte les aspirations de la jeunesse. Elles sont aussi motivées par des contraintes budgétaires : le hip-hop n’a jamais eu besoin de gros moyens pour produire des images, des sons ou de la danse… Et nous, on acceptera plus facilement d’animer un atelier avec les jeunes du quartier, ce qu’elles ne demanderont pas à un orchestre de musique classique ou une compagnie de danse contemporaine.

WOSHE_NEW Raptz RapporteuzLe graff permet-il de faire passer des messages autres que le pseudo des auteurs ?
Je ne crois pas que ce soit son rôle. Aujourd’hui, tout le monde sait que la planète est en danger, que des gosses crèvent la dalle et que nos pompes sont fabriquées dans des sweatshops par des gamines de 12 ans. Je ne pense pas qu’un mur, ou un film ou autre, rendra les gens plus responsables et un peu moins consommateurs. J’aimerais bien. Bon, et puis dans les gênes du graffiti-writing le but du jeu reste quand même d’imprimer ton nom dans la rétine de tout le monde. De l’écrire partout, avec le plus de style possible. C’est ça l’origine. A Manhattan au début des années 70, les gamins issus des minorités ethniques se sont retrouvés dans les colonnes du New-York Times pour leurs graffitis. La gloire absolue ! Ils avaient 14 ans, aucune éducation artistique, échec scolaire, misère sociale, et le fait d’écrire leurs noms sur les murs et plus tard les trains, a conduit certains d’entre eux dans les musées ! Quand je te dis que la culture est une voie vers l’émancipation, je n’invente rien.

Comment expliques-tu le succès de Blackbook qui a été réédité 3 fois sans bénéficier d’une promotion dans les médias traditionnels ? Woshe et son Blackbook
D’abord, ça montre qu’on peut encore faire des choses sans passer par les médias de masse. J’essaie d’être sincère dans ce que je fais, de rester fidèle à mes convictions. Je crois que les lecteurs reconnaissent ça. Ensuite, j’ai passé beaucoup de temps et mis toute mon énergie à faire le livre que j’aurais aimé lire moi-même. Comme je ne suis jamais content, j’ai beaucoup retouché, fignolé. Dès le début, Blackbook a bien marché. C’est le plus dur. Après, on navigue dans des sphères où l’info va très vite, et le bouche à oreille a été ma meilleure promo.D’ailleurs, l’aventure continue avec Alphabeatz qui sort en septembre, aux éditions Pyramyd.

Pour finir, quels conseils donnerait-tu à un apprenti graffeur ? Woshe et son Blackbook
Mets un masque. Ça t’évitera un cancer à 40 ans.

Merci à toi et une grosse dédicace à tous vos fans. Woshe et son Blackbook

En attendant Alphabeatz, découvrez Blackbook

Woshe et son Blackbook


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